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Lot 40 - Jean DUBUFFET «TAPE A L’ŒIL», 1962 Gouache sur papier monogrammé et daté[...]

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Jean DUBUFFET
«TAPE A L’ŒIL», 1962
Gouache sur papier monogrammé et daté en bas à droite, contresigné et dédicacé au dos sur l’encadrement
50 × 67 cm

Provenance :
- Atelier de l’artiste
- Collection particulière, offert par l’artiste

Bibliographie :
«Catalogue des travaux de Jean Dubuffet-Paris Circus», Max Loreau, fascicule XIX, éditions de Minuit, Paris, 1989, reproduit sous le no 425 page 192

Le cycle de «Paris Circus» est un hommage fraternel de Jean Dubuffet aux artisans, aux petites gens de la rue, à leurs métiers. Paysages urbains vus par le regard d’un flâneur, paysages joyeux où perce cependant la menace de la société moderne de consommation dominée par la foule. Interprétation mentale d’un monde en devenir où l’argent, le nombre, le bruit finiront pas anéantir une société gaie et pacifique.
L’anarchisme artistique de Jean Dubuffet le place délibérément du côté des inspirés de l’art brut, des laissés pour compte, des marginaux, de ceux que l’on qualifie de fous. Sa vision positive de la schizophrénie lui fait préférer l’illettré, l’imbécile à l’autodidacte et le range du côté de Rimbaud qui avouait « J’aime les peintures idiotes, dessus de porte, décors, toiles de saltimbanques, enseignes, enluminures populaires ». Toutefois si Jean Dubuffet est en accord avec la pensée du poète, son art n’est pas celui de l’école primaire.
Ce n’est pas un art du gribouillage, mais un art sans artifice qui prend sa source dans l’inconscient de la poésie, qui abolit les frontières du possible et conduit à l’état magique de l’impossible où n’entrent que les simples d’esprit, les illuminés, les mystiques et les sorciers. Prospecteur de matière visuelle, les œuvres de Jean Dubuffet sont moins des peintures que des supports émetteurs de son absolue confiance en la vie.
Cette tonitruante résonnante harmonique est le meilleur antidote au scepticisme destructif et morose.
Œuvre qui se place sous le signe du jeu, de la joie, plongeant ses racines dans l’art populaire, celui des jouets et des fêtes foraines.
Cependant l’art de Jean Dubuffet, même si vers la fin de sa vie il s’en défend, ne peut être hors art par le simple fait que personne n’échappe totalement au conditionnement culturel. Son travail appartient à une autre culture, la culture des pauvres dont on attend qu’elle ne soit pas «normale».
On veut de l’inédit, de l’imprévu, de l’imaginatif.
La création d’art où qu’elle paraisse est toujours, dans tous les cas, pathologique et Jean Dubuffet souhaiterait que la folie règne sur le monde avec excès.
« Tape à l’œil », se place délibérément dans un monde allusif d’où des motifs familiers émergent de la fragmentation de la surface, articulés en une sorte de puzzle-labyrinthe dont l’expression fantasque se prolonge hors du cadre réducteur du tableau.
Cette œuvre « Tape à l’œil » est dédicacée à Henri-Pol Bouché, traducteur et préfacier de la monographie « Ein Giesteskranker als Künster » consacrée à Adolf Wölfli, éditée par le musée de l’Art Brut en 1964.
Il y a fort à parier que Jean Dubuffet, à l’image de Blaise Cendrars qui fit d’Adolf Wölfli le héro fou et criminel de Moravagine, ait considéré Adolf Wölfli comme un satrape, un homme qui a perdu sa vie, comme les satrapes de la Perse achéménide ont perdus leur pouvoir politique, leur splendeur pour finir dans l’enfermement de l’histoire. Adolf Wölfli a lui aussi subit durant 35 ans l’enfermement dans un hôpital psychiatrique de Berne.
Il laissera là-bas 300 dessins, 44 carnets et 25 000 pages manuscrites d’où on tirera un livre au titre étrange « Du berceau au tombeau, ou, par le travail et la sueur, la souffrance et les privations, par la prière même, vers la damnation ».
Les personnages de ce tableau dans leurs boutiques aux enseignes volontairement iconoclastes nous disent sur le ton de la plaisanterie que la puissance temporelle dont ils sont les victimes est une illusion, un jeu où basculeront cul par-dessus tête, les princes et les fous.
Tableau particulier qui rejette joyeusement l’intelligence sclérosée au profit d’une rythmique incantatoire où le petit peuple de Paris, mi clown mi acrobate, s’élève vers les senteurs aphrodisiaques de la liberté. « Tape à l’Œil » est une œuvre d’une grande portée dionysiaque, d’une puissance dynamique proche de l’énervement frénétique. Tableau majeur, au sein d’un cycle qui ne l’est pas moins, qui interpelle, interroge, inquiète et sourit à ceux que le monde tape à l’œil rejette.

(Ce lot est vendu en collaboration avec la maison de vente aux enchères Jean dit Cazaux et associésà Bordeaux)

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Thème : Peintures et dessins Ajouter ce thème à mes alertes